To be
or not to be ?
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William Shakespeare
To be, or not to be: that is the question:Voltaire
Être ou n'être pas, c'est là la question ;P.-P.-F. Letourneur
Être ou ne pas être ! c'est là la question... S'il est plus noble à l'âme de souffrir les traits poignants de l'injuste fortune, ou, se révoltant contre cette multitude de maux, de s'opposer au torrent, et les finir ? - Mourir, - dormir, rien de plus, et par ce sommeil, dire : Nous mettons un terme aux angoisses du coeur, et à cette foule de plaies et de douleur, l'héritage naturel de cette masse de chair... ce point, où tout est consommé, devrait être désiré avec ferveur. Mourir, - Dormir. - Dormir ? Rêver peut-être; oui, voilà le grand obstacle. Car de savoir quels songes peuvent survenir dans ce sommeil de la mort, après que nous nous sommes dépouillés de cette enveloppe mortelle, c'est de quoi nous forcer à faire une pause. Voilà l'idée qui donne une si longue vie à la calamité. Car quel homme voudrait supporter les traits et les injures du temps, les injustices de l'oppresseur, les outrages de l'orgueilleux, les tortures de l'amour méprisé, les longs délais de la loi, l'insolence des grands en place, et les avilissants rebus que le mérite patient essuie de l'homme sans âme, lorsqu'avec un poinçon il pourrait lui-même se procurer le repos ? Qui voudrait porter tous ces fardeaux et suer et gémir sous le poids d'une laborieuse vie, si ce n'est que la crainte ignorée, dont nul voyageur ne revient, plonge la volonté dans une affreuse perplexité, et nous fait préférer de supporter les maux que nous sentons, plutôt que de fuir vers d'autres maux que nous ne connaissons pas ? Ainsi la conscience fait de nous tous des poltrons ; ainsi tout le feu de la résolution la plus déterminée se décolore et s'éteint devant la pâle lueur de cette pensée. Les projets enfantés avec le plus d'énergie et d'audace, détournent à cet aspect leur cours, et retournent dans le néant de l'imagination. - Cessons. - La belle Ophélia? - O jeune vierge, que mes fautes ne soient pas oubliées dans vos pieuses oraisons !M. Guizot
Être ou n'être pas, voilà la question... Qu'y a-t-il de plus noble pour l'âme ? supporter les coups de fronde et les flèches de la fortune outrageuse ? ou s'armer en guerre contre un océan de misères et, de haute lutte, y couper court ? .. Mourir. .. dormir ... plus rien ... et dire que, par un sommeil, nous mettons fin aux serrements de coeur et à ces mille attaques naturelles qui sont l'héritage de la chair ! C'est un dénoûment qu'on doit souhaiter avec ferveur. Mourir... dormir... dormir ! rêver peut-être ? Ah! là est l'écueil ; car dans ce sommeil de la mort, ce qui peut nous venir de rêves, quand nous nous sommes soustraits à tout ce tumulte humain, cela doit nous arrêter. Voilà la réflexion qui nous vaut cette calamité d'une si longue vie ! Car qui supporterait les flagellations et les humiliations du présent, l'injustice de l'oppresseur, l'affront de l'homme orgueilleux, les angoisses de l'amour méprisé, les délais de la justice, l'insolence du pouvoir, et les violences que le mérite patient subit de la main des indignes ? - quand il pourrait lui-même se donner son congé avec un simple poignard ! - Qui voudrait porter ce fardeau, geindre et suer sous une vie accablante, n'était que la crainte de quelque chose après la mort, la contrée non découverte dont la frontière n'est repassée par aucun voyageur, embarrasse la volonté et nous fait supporter les maux que nous avons, plutôt que de fuir vers ceux que nous ne connaissons pas ? Ainsi la conscience fait de nous autant de lâches ; ainsi la couleur native de la résolution est toute blêmie par le pâle reflet de la pensée, et telle ou telle entreprise d'un grand élan et d'une grande portée, à cet aspect, se détourne de son cours, et manque à mériter le nom d'action... Doucement, maintenant ! Voici la belle Ophélia. Nymphe, dans tes oraisons, puissent tous mes péchés être rappelés !A. Dumas et P. Meurice
Hamlet(Sans voir Ophélie)
Être ou n'être pas, voilà la question !Ophélie, à part.
Son rêve plane en haut, mon amour pleure en bas,HAMLET, apercevant Ophélie.
Ophélie ! ô jadis ma vie et ma lumière !F.-V. Hugo
Être, ou ne pas être, c'est là la question. Y a-t-il plus de noblesse d'âme à subir la fronde et les flèches de la fortune outrageante, ou bien à s'armer contre une mer de douleurs et à l'arrêter par une révolte ? Mourir ... dormir, rien de plus... et dire que par ce sommeil nous mettons fin aux maux du cœur et aux mille tortures naturelles qui sont le legs de la chair : c'est là un dénoûment qu'on doit souhaiter avec ferveur. Mourir, ... dormir, dormir ! peut-être rêver ! Oui, là est l'embarras. Car quels rêves peut-il nous venir dans ce sommeil de la mort, quand nous sommes débarrassés de l'étreinte de cette vie ? Voilà qui doit nous arrêter. C'est cette réflexion-là qui nous vaut la calamité d'une si longue existence. Qui, en effet, voudrait supporter les flagellations et les dédains du monde, l'injure de l'oppresseur, l'humiliation de la pauvreté, les angoisses de l'amour méprisé, les lenteurs de la loi, l'insolence du pouvoir, et les rebuffades que le mérite résigné reçoit d'hommes indignes, s'il pouvait en être quitte avec un simple poinçon ? Qui voudrait porter ces fardeaux, grogner et suer sous une vie accablante, si la crainte de quelque chose après la mort, de cette région inexplorée, d'où nul voyageur ne revient, ne troublait la volonté, et ne nous faisait supporter les maux que nous avons par peur de nous lancer dans ceux que nous ne connaissons pas ? Ainsi la conscience fait de nous tous des lâches ; ainsi les couleurs natives de la résolution blémissent sous les pâles reflets de la pensée; ainsi les entreprises les plus énergiques et les plus importantes, se détournent de leur cours, à cette idée, et perdent le nom d'action ... Doucement, maintenant ! Voici la belle Ophélia ... Nymphe, dans tes oraisons souviens-toi de tous mes péchés.E. Montégut
Être, ou n'être pas, voilà la question. Quel est le plus noble parti ? Supporter les coups de fronde et les flèches de l'injurieuse fortune, ou prendre les armes contre un monde de douleurs, et y mettre fin en leur résistant ? - Mourir, - dormir, - rien de plus ; dire que par un sommeil nous mettons fin au mal du cœur et aux mille accidents naturels auxquels notre chair est sujette, - certes c'est un dénoûment que l'on peut dévotement désirer. Mourir, dormir, - dormir, peut-être rêver: - oui, voilà le point d'interrogation ; car quels sont les rêves qui peuvent nous venir, dans ce sommeil de la mort, lorsque nous avons échappé à cette tourmente humaine ? Cela nous oblige à réfléchir. Voilà la considération qui prolonge si longtemps la vie du misérable : qui voudrait en effet supporter les coups de fouet et les mépris du monde, les injustices de l'oppresseur, les affronts de l'homme orgueilleux, les tortures de l'amour dédaigné, les lenteurs de la justice, l'insolence des gens en place, et les coups de pied que le mérite patient reçoit des indignes, quand on pourrait soi-même s'octroyer le repos avec un simple petit poignard ? qui voudrait gémir et suer sous les fardeaux d'une vie fatigante, sans la crainte de quelque chose après la mort, cette contrée inconnue, dont aucun voyageur· ne repasse la frontière ? Voilà ce qui embarrasse la volonté, et nous décide à supporter les maux que nous avons, plutôt que de courir à d'autres que nous ne connaissons pas. C'est ainsi que la conscience fait des lâches de nous tous ; c'est ainsi que les couleurs naturelles de notre résolution bien portante, sont pâlies par le teint blafard de la pensée maladive, et que des entreprises de grande portée et de grande importance, grâce à cette considération, changent de cours, et s'égarant, perdent le nom d'action. - Mais doucement ! la belle Ophélia ! - Nymphe, veuille dans tes prières, te rappeler de tous mes péchés !L.Ménard
Être ou n'être pas, voilà tout le problème.E. Morand et M. Schwob
Être ou ne pas être, c'est la question. Est-il d'âme plus noble de subir les coups et les traits de l'outrageuse fortune ou de prendre les armes contre un océan de peines, et, révolté, les finir ?... Mourir... dormir, pas plus. Et par un dormir se dire que c'est la fin de l'angoisse du cœur et des mille secousses naturelles à qui la chair est asservie, c'est une consommation à souhaiter dévotement. Mourir... dormir ! dormir ? qui sait, rêver ? Oui ! voilà l'obstacle ! car dans ce dormir de la mort, quels rêves peuvent venir quand nous avons secoué cet enlacis mortel ? De là vient qu'on hésite. Voilà le scrupule qui donne au malheur une si longue vie. Et qui supporterait les soufflets et les avanies du temps, le tort de l'oppresseur, le mépris de l'homme fier, les affres de l'amour méprisé, les atermoiements de la foi, l'insolence des gens en place, et les coups de pied que le mérite patient accepte de l'indigne, quand lui pourrait, à lui-même, se donner quittance avec la pointe d'un petit couteau ? Qui voudrait porter le faix, ahanner, et suer sous une accablante vie, si ce n'est que la peur de quelque chose après la mort, la région non découverte des confins de laquelle aucun voyageur ne retourne, balance la volonté et nous fait plutôt supporter ces maux que nous avons que voler vers d'autres que nous ne connaissons pas ? Ainsi la conscience fait des lâches de nous tous, et ainsi le teint naturel de la résolution s'étiole sous l'ombre pâle de la pensée : et des entreprises de forte moelle, de grand mobile, à cette appréhension détournent leur cours et perdent leur nom d'action... Doucement, maintenant ! La belle Ophélie ?... (Haut à Ophélie.) Nymphe, dans tes oraisons, tous mes péchés sont-ils rappelés ?J.-H. Rosny
Être ou ne pas être, voilà la question. S'il est plus noble à l'esprit de souffrir les coups de fronde et les traits de l'outrageante fortune, ou de prendre les armes contre une mer de chagrins et de les terminer en s'opposant à eux ? Mourir, dormir, rien de plus. Et se dire que par un sommeil nous en finissons avec le mal du cœur et les mille chocs naturels auxquels notre chair est sujette. C'est une consommation à souhaiter dévotieusement. Mourir, dormir!... Dormir, peut-être rêver ! Oui, voilà l'obstacle ! Car dans ce rêve de la mort, quels rêves peuvent venir quand nous avons dépouillé cette mortelle enveloppe ? Cela doit nous arrêter. Voilà la considération qui entraîne la calamité d'une si longue vie. Qui voudrait supporter les coups de fouet et les mépris du temps, le tort de l'oppresseur, l'outrage au pauvre homme, les angoisses de l'amour dédaigné, le délai des lois, l'insolence des bureaux, et les coups de pied que le mérite patient reçoit des indignes, quand il pourrait faire son quitus avec un simple petit poignard ? Qui voudrait porter ces fardeaux, gémir et suer sous une lourde vie, si ce n'était que la crainte de quelque chose après la mort, la contrée inconnue, des bornes de laquelle aucun voyageur ne revient, trouble notre volonté et nous fait endurer ces maux que nous avons, plutôt que d'aller vers d'autres, dont nous ne savons rien. Ainsi la conscience fait des lâches de nous tous ; ainsi les couleurs natives de la résolution sont affaiblies par les pâles nuances de la pensée, et des entreprises d'une grande vigueur et d'une grande importance détournent leurs courants par cette considération, et perdent le nom d'action. Calmons-nous maintenant !... la belle Ophélia!... Nymphe, dans tes oraisons, que tous mes péchés soient rappelés.G. de Pourtalès
Être ou ne pas être ... c'est la question. Est-il plus noble de souffrir en esprit la fronde et les flèches de l'injurieuse fortune, ou de prendre les armes contre un océan de soucis, et, leur résistant, d'y mettre fin ? Mourir - dormir - pas davantage ; et dire que par un somme nous mettons un terme aux douleurs du cœur et aux mille secousses naturelles qui sont l'héritage de la chair... Voilà un dénouement à souhaiter avec ferveur. Mourir... Dormir... Dormir ... Rêver, peut-être ! Eh ! voilà l'obstacle, car dans ce sommeil de la mort, tels rêves qui peuvent venir quand nous nous sommes défaits de cette mortelle enveloppe, nous donnent du répit. C'est cette raison qui fait d'une longue vie une calamité. Qui donc supporterait les coups et les humiliations du présent, l'injustice de l'oppresseur, l'affront de l'homme hautain, les spasmes de l'amour méprisé, les lenteurs de la loi, l'insolence des bureaux et les ruades que le mérite patient accepte de l'indigne quand on peut soi-même se donner quitus avec la pointe d'un poignard nu ? Qui voudrait porter ces fardeaux, grogner et suer sous une accablante vie, n'était que la peur de quelque chose après la mort, le pays inconnu des bornes duquel nul voyageur ne revient, déroute la volonté et nous engage à supporter ces maux connus plutôt qu'à fuir vers d'autres, dont nous ne savons rien. Ainsi la conscience fait de nous tous des lâches. Ainsi encore, le teint naturel de la résolution s'alanguit sous l'ombre pâle de la pensée, et des entreprises de grande portée et urgence en changent leur cours et perdent le nom d'action. Tout doux, maintenant ! La blonde Ophélie ? Nymphe, dans tes oraisons qu'il te souvienne de tous mes péchés.J. Derocquigny
Être ou bien n'être pas, voilà la question.