La Sieste
*-*
(tout d'abord, créer l'ambiance...)

Menzel - the french window
(car oui, pour une vraie délicieuse sieste, il faut qu'il fasse beau, que les fenêtres soient ouvertes, et qu'un vent tout doux puisse venir sur vous... fermer les volets ? allons bon, si c'est pour maintenir une petite fraîcheur en été, à la limite... mais c'est bien triste ! créer une nuit artificielle pour un sommeil de jour ? n'est-il pas plus agréable de se dire «il fait jour, la plupart des autres en train de courir, et moi, j'accepte, j'assume : je ne fais rien» ?)
*-*
Cette obscure fraîcheur de ma chambre était au plein soleil de la rue ce que l'ombre est au rayon, c'est à dire aussi lumineuse que lui et offrait à mon imagination le spectacle total de l'été dont mes sens, si j'avais été en promenade, n'auraient pu jouir que par morceaux ; et ainsi elle s'accordait bien à mon repos qui (grâce aux aventures racontées par mes livres et qui venaient de l'émouvoir) supportait, pareil au repos d'une main immobile au milieu d'une eau courante, le choc et l'animation d'un torrent d'activité.
Marcel proust - Du côté de chez Swann
*-*
Choisir son coin d’abord, renoncer à l’idée qu’ailleurs l’herbe est plus verte. S’allonger sur le gazon, bien décidé à ne plus lutter. Jouer un peu avec les aspérités, là caser sa tête, ici mettre sa jambe, tester le moelleux et s’atteler à oublier le reste.
Eloge de la sieste
*-*
On est au milieu indécis d'une sieste éveillée, avec un magazine à parcourir, ou mieux : une vieille bande dessinée qu'on n'a pas lue depuis longtemps. Le temps s'étire vaguement. Il est deux ou trois heures de l'après-midi, un jour d'août accablant de canicule. On n'a pas même le léger remords de gâcher un infime quelque chose : de toute façon, il fait beaucoup trop chaud pour se promener. Le couvre-lit tricoté au crochet repoussé sous les pieds, on se sent léger, suspendu dans une lévitation protégée. Séparé du monde, on est mieux que bien : on n'est presque rien du tout...
Philippe Delerm - La sieste assassinée

La sieste - Denis Foyatier
(ça n'a pas l'air très confortable sa façon de dormir à elle !!!)
*-*
La sieste
Pas un seul bruit d'insecte ou d'abeille en maraude,
Tout dort sous les grands bois accablés de soleil
Où le feuillage épais tamise un jour pareil
Au velours sombre et doux des mousses d'émeraude.
Criblant le dôme obscur, Midi splendide y rôde
Et, sur mes cils mi-clos alanguis de sommeil,
De mille éclairs furtifs forme un réseau vermeil
Qui s'allonge et se croise à travers l'ombre chaude.
Vers la gaze de feu que trament les rayons,
Vole le frêle essaim des riches papillons
Qu'enivrent la lumière et le parfum des sèves ;
Alors mes doigts tremblants saisissent chaque fil,
Et dans les mailles d'or de ce filet subtil,
Chasseur harmonieux, j'emprisonne mes rêves.
José-Maria de HEREDIA (1842-1905)
(Recueil : Les Trophées)
*-*
(en bref, soit vous êtes un adepte convaincu, soit non. un petit effort et vous vaincrez votre culpabilité ! le véritable ennemi de votre sieste, c'est pas le boulot à faire, c'est vous !)

(ah oui... et cette horreur là aussi !)