Noël
*-*

*-*
Avant de quitter Rome, François obtint du pape, en guise de compensation, le droit de fêter Noël avec un éclat particulier et selon ses idées personnelles. Il choisit Greccio parce que le seigneur du lieu, Giovanni di Velita, «qui attachait moins d'importance à la noblesse du sang qu'à celle de l'âme», avait fait don à François de la montagne couverte de bois qui dominait l'éperon rocheux de son village et le val de Rieti jusqu'aux monts bleutés s'étendant à l'horizon.
Sur un aplomb de la muraille de pierre, François avait fondé un petit ermitage, utilisant comme d'habitude une des grottes que lui offrait la nature. Elle fut transformée en chapelle. Sur sa demande, on y installa une mangeoire généreusement pourvue de paille. Suivirent un boeuf et un âne, témoins exigés par la tradition.
Au cœur de la nuit, les flambeaux s'allumèrent et la population d'alentour montait de tous côtés à travers les arbres, torche au poing, si bien que les sentiers de la montagne palpitaient comme des ruisseaux de lumière. Un prêtre était venu pour dire la messe qui fut célébrée sur la mangeoire devenue crèche, le presepio cher aux Italiens, et ce fut François revêtu de la dalmatique de diacre qui lut l'Evangile de la Nativité. La foule émerveillée par cette redécouverte du grand mystère suivait avec attention les moindres détails de la cérémonie et beaucoup crurent voir François tenir dans ses bras l'Enfant baigné de rayons. La foi du Moyen Âge, plus près de l'enfance que la nôtre, traduisait d'instinct par des visions des vérités qui parlaient mieux à son coeur.
Cette nuit-là était d'une douceur exceptionnelle qui ne fut jamais oubliée. Dans les bois, les frères chantaient, et les lumières luisaient doucement un peu partout comme pour se joindre à cette explosion d'allégresse inattendue et répondre à la clarté obscure du ciel. Ce fut notre messe de minuit, la première, pleine de cette poésie que seul un François d'Assise pouvait trouver. Cette année de batailles incertaines se terminait pour lui dans une joie extatique.
[ Frère François - Julien Green ]
*-*
Depuis la mémoire des temps, les tribus les plus primitives fêtaient le jour le plus court de l'année, le 21 décembre, jour du solstice d'hiver à partir duquel le soleil remonte graduellement sur l'horizon. Dans le Nord et l'Est de l'Europe en particulier, les rites teutons, germains et celtes, organisaient, dans la joie, des fêtes pour le soleil renaissant, pour le feu et la lumière nécessaires à la vie, symboles de chaleur et de prospérité. A Rome aussi, du 19 au 26 décembre, les Saturnales étaient une période de réjouissance où 1'on s'offrait déjà des cadeaux et où on honorait des dieux.
Mais en 1'an 708 de Rome (vers moins 50 av. JC), un certain Jules César qui aurait bien voulu se faire roi et dominer Rome, voulut modifier le calendrier lunaire du roi Numa pour le mettre en accord avec le cours du soleil. Il créa le calendrier julien, base de notre calendrier actuel. Le jour le plus court fut situé erronément le 25 décembre.
Le mithraïsme, d´origine persane, fut importé à Rome en 68 av.J-C, par des légionnaires. Cette religion respectait les dimanches comme jours sacrés et célébrait la naissance de Mithra, dieu du soleil, le 25 décembre, «Dies Natalis Solis Invicti».
Avant le christianisme, les fêtes païennes et religieuses étaient nombreuses autour de la date du 25 décembre. Les plus connues étaient les Saturnales du 17 au 24 décembre, le culte de Mithra célébré le 25 décembre et la fête des sigillaires à la fin du mois de décembre.
- Les Saturnales
à l'époque romaine, les Saturnales, fêtes religieuses, étaient fêtées à Rome et dans les provinces romaines du 17 au 24 décembre.
Elles célébraient le règne de Saturne, dieu des semailles et de l'agriculture. Elles étaient la manifestation de la fête de la liberté (libertas decembris) et du monde à l'envers. Jour de liberté des esclaves à Rome, ces derniers devenaient les maîtres et les maîtres obéissaient aux esclaves.
Les Saturnales ont laissé des traces au Moyen Age dans la fête des fous.
- Le culte de Mithra
On fêtait aussi une divinité, Mithra, aux alentours du solstice d'hiver. Mithra est un très ancien dieu soleil de la Perse antique. L'adoration du soleil faisait partie intégrante de son culte.
Ce dieu est représenté en lutte avec un taureau. Le 25 décembre, on sacrifiait des taureaux et on répandait leur sang dans les champs : la terre était rendue plus fertile et les récoltes étaient meilleures. A la même date, à Rome, jour de la nuit la plus longue, on célébrait le retour du Soleil, représenté par un enfant nouveau-né.

- La fête des Sigillaires
La fête des sigillaires, sceaux ou cachets de terre, était une fête romaine païenne. A la fin des Saturnales, les Romains avaient l'habitude d'offrir des cadeaux, en particulier aux enfants : anneaux, cachets, et menus objets. Cette fête des sigillaires donnait lieu à des festins pour lesquels les maisons étaient décorées de plantes vertes.
http://www.faux-villecerf.net/fetes_soirees/noel/fetes_paiennes.htm
La fête des fous était célébrée le jour de Noël le 25 décembre, ou le jour de l'An ou de l'Epiphanie. Elle rappelait les Saturnales romaines. C'était un temps de liberté où les domestiques devenaient les maîtres et les maîtres les domestiques. En cette seule journée, les valeurs établies de la société étaient renversées et la religion était tournée en dérision.
http://www.faux-villecerf.net/fetes_soirees/noel/fetes_paiennes.htm
Certains textes historiques, et dans la mesure où l'on peut s'y fier, amènent à penser que Jésus est né un jour d'hiver, dans l'hémisphère occidental, après le recensement de Quirinus. «Achélaus régnait depuis peu en Judée», ce qui permet de placer la naissance de Jésus entre 7 et 4 avant l'an 1. Selon d´autres sources, Jésus serait né au printemps.
Lorsque, bien plus tard, l'empereur Constantin (306-334) instaurera le christianisme comme religion officielle de l'empire, les théologiens fixent tout «naturellement» la fête de la naissance de Jésus «Soleil de Justice» le 25 décembre, fête de 1'empire qui déjà reprenait la tradition solaire.
La première célébration connue de cette naissance date de 330, mais la première indication écrite de la célébration le 25 décembre se trouve dans une chronographie de 354 seulement.
Conquise de 59 à 51 av. JC, la Gaule voit ses structures sociales détruites par la romanisation qui lui apporte paix et sécurité face aux invasions germaines tout en limitant la liberté politique. La forte organisation religieuse des Celtes basée sur le rôle des druides sera également ébranlée, ce qui permettra, parallèlement à la romanisation, une christianisation assez aisée dès la fin du 1er siècle.
Il y aura d´abord l´introduction en Europe, par les légions romaines, du culte de Mithra, et qui préfigure le pré-christianisme des premiers siècles. Il y a d´ailleurs des ressemblances entre les deux cultes, ainsi, les premiers «martyrs» en Gaule sont souvent d´abord des légionnaires avant d´être transformés en «saints» ; quelques sanctuaires découverts en Europe du Nord en témoignent.
Quoiqu'il en fut, fixée le 25 décembre par Rome, la fête de Noël sera confrontée à la fête du solstice d'hiver vécue le 21 décembre par la population locale. La fête païenne sera, de gré ou de force, graduellement interdite, et tout aussi graduellement, les rites, habitudes et légendes du solstice vont se déplacer vers le 25 décembre imposé par le dogme.
En fait, ce n'est que tout récemment, vers 1800-1850, que la fête chrétienne s'est réellement popularisée ici et dans le monde, suivant les conquérants, les missionnaires ou les émigrants européens.
En dehors de la messe commémorant la naissance de Jésus, pratiquement tous les détails de cette fête rappellent le solstice ou sont des éléments non-chrétiens d'origine que l'on retrouve dans les contes et légendes populaires de l'Europe occidentale.

http://www.philagora.net/pole-int/noel.htm
Le Père Noël : Personnage légendaire totalement non-chrétien, il distribuait depuis longtemps des jouets et des friandises aux enfants sages de tout le Nord de l´Europe. Dans l´article consacré à «St-Nicolas» a été évoqué le personnage de Hellequin, le roi «sauvage» qui évolua en se dédoublant en St-Nicolas et Père Noël.
Le sapin : Arbre toujours vert aux «feuilles» persistantes, typique de nos régions, il était depuis longtemps un signe de vie éternelle et de victoire sur les ténèbres. La tradition l'avait déjà fixé en 800, même si la première description ne date que de 1521.
Le gui : Plutôt attaché au Nouvel-An, son origine druidique est évidente.
Le repas de Noël était de tradition solsticiale chez les Teutons.
La bûche : Actuellement gâteau, c'est un rappel de la bûche qui brûlait pendant la veillée et dont on recueillait les cendres car elles avaient des propriétés merveilleuses.
Les cadeaux : La coutume de s´offrir des cadeaux vient des Saturnales romaines.
La rose de Noël : L'hellébore noire est cette plante dont les feuilles refuges flamboyantes rappellent le feu et la légende des plantes et buissons qui se mettaient à fleurir quand «renaît» le soleil.
D'autres éléments magiques proviennent des anciens récits populaires où l'heure de minuit, heure des miracles, transforme tout événement insignifiant en quelque chose de particulier : l'eau des puits se change en vin, les cloches souterraines se mettent à sonner, les abeilles vocalisent dans les ruches et les brebis s´agenouillent, les chevaux et les vaches parlent ensemble.
La crèche de Noël : Expression d'art local, elle rappelle ces représentations simplistes qui se jouaient devant l'église. La messe sera progressivement suivie d'une fête à domicile, et la représentation passera graduellement sur les fresques, les peintures et bientôt en 3 dimensions sous forme des crèches dans la maison.
Les chants de Noël aussi reprennent souvent la grande liberté des chants populaires et l'on y entend parfois des retours aux sources païennes, et toujours le rappel des hivers d'Europe occidentale quel que soit le lieu du monde où on les chante.
Le chant de Noël, par excellence, le «Stille Nacht» lui-même fut crée en 1818, en Allemagne, à Oberndorf, village de montagne isolé. Il fut composé par l'instituteur en chef Franz Xavier Gruber et le jeune ecclésiastique Joseph Mohr qui voulaient créer une mélodie de circonstance pour leur village. Ils l'accompagnèrent à la guitare, car les orgues de leur petite église étaient essoufflées. En langage moderne, ce chant a tous les éléments d'un «tube», paroles simples, simplification des événements, répétition de la dernière phrase à chaque couplet et mélodie agréable a l'oreille qui transmet la solitude et le sentiment d'attente imaginable en ce lieu perdu et à cette époque.
En résumé, si la date en fut fixée par César, et les rites par les traditions populaires parfois fort anciennes d'Europe occidentale, Noël reste une fête païenne (et ce mot n'a rien de péjoratif à notre avis), et, dans le monde, un signe d'occidentalisation plus ou moins avancé

http://www.terebenthine.com/enluminures/enluminure.html