le carnet
A

Les Arbres

*-*


Giuseppe Penone
cèdre de Versailles, 2003

*-*

Lire un livre sous un arbre en double le plaisir. On ne sait plus si on tourne les pages ou si on feuillette l'arbre.

Jean Chalon

*-*


Giuseppe Penone
helicoïdal tree, 1988

*-*

Forêt

Dans cette forêt magique, les arbres majestueux
Inattendus à travers la brume.

Sous terre, les racines s'enchevêtrent
Tels les bras des corps reposant dans les caveaux.

A l'abri des feuilles d'automne étincelantes
Des géants solitaires, des trolls et des lions se cotoyaient.

Les marins ont vu ici des traces dans le sable doré
Laissées par la main de l'homme à six doigts.

Ni pair d'Angleterre, ni chevaliers de la Table ronde
Ne se sont jamais enfuis sur ce sentier.

Et dans ces broussailles, aucun pirate n'a jamais été pris au piège,
Pas plus qu'un ermite n'a creusé de petite grotte...

Juste une fois, ils ont aperçu dans la lumière blafarde d'un éclair
Une femme à tête de chat avancer à petits pas dans la nuit.

Condamnée à porter un lourd diadème d'argent
Elle se lamentait et sanglotait jusqu'au coucher du soleil.

Aucun prêtre ne lui administra les derniers sacrements
Lorsqu'elle s'éteignit paisiblement à l'aube.

Tout ceci, tout ceci eût lieu il y a bien des années,
Qui se sont écoulées sans laisser aucune trace.

Tout ceci, tout ceci eût lieu dans un royaume
Qui ne traverserait jamais tes rêves les plus fous.

J'ai tout imaginé en regardant
Tes tresses flamboyantes.

En regardant tes yeux au vert changeant,
Qui ressemblent au turquoise intense de Perse.

Eh bien, peut-être que cette forêt est ton âme,
Eh bien, peut-être que cette forêt est toujours mon amour.

Ou peut-être que lorsque notre heure sonnera
Dans cette forêt nous partirons ensemble.

Anna Akhmatova