La Belle et la Bête
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(Vous avez tous entendu parler du film de Disney, et auparavant, de celui de Cocteau. Il y a même eu un opéra, une comédie musicale etc. Le tout a pour origine le conte de Mme Leprince de Beaumont (1756). Mais ce conte lui-même n'est qu'une version racourcie, triturée, élaguée, désérotisée de celui de Mme de Villeneuve (1740). La cerise sur le gateau ? À la fin du conte, deux lettres magnifiques, la lettre de la Belle à la Bête, puis la réponse de la Bête à la Belle. Laissez-vous porter.)
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Il était une fois à Kremsmünster une abbaye dont l'Abbé, bien que grand chasseur, avait soin que ses frères respectassent les jours de chère maigre. À cet effet, il fit construire une suite de bassins où il entassait tous les poissons du monde. Ainsi demeurait-il dans l'étroit commerce des bêtes vives et mortes. C'est là que j'aime à me retirer quand l'envie me vient de penser au temps que vous étiez Bête et que j'étais Belle. La lumière s'est fait un teint de songe et j'ai pris place au vivier à l'heure de la sagesse des choses lorsque, sans risque de le perdre, il est enfin possible de se retourner sur ce qui fut. L'eau nuageuse m'est miroir. De l'oppressante forêt où se noua mon destin pour une seule rose, il ne reste sur les murs éclatants que les bois des solitaires chassés par de plus hardis que ne fut mon père. Les massacres dessinent de grands filets où se prend le soir tandis que j'écoute les remous sourds des truites aux bassins.
Ce bruit me parle de vous plus sûrement que vos mots mêmes. Car le bruit toujours précéda votre venue. C'est ainsi que je vous connus, par le lourd cheminement de vos pas vers ma chambre. Comme un tumulte où se mêlaient le cliquetis terrible de vos écailles et vos hurlements. Vous ai-je jamais dit qu'à ce moment-là je n'étais plus que le battement de mon coeur ?
Vous veniez avec la nuit, quand l'heure n'est point encore à la réparation du jour, mais plutôt au regret de sa lumière. Les bêtes comme les rêves et les brouillards appartiennent d'abord à l'obscur, à l'expérience de ce qui dérobe et se dérobe. Bien avant que je ne vous vis, le souvenir de ces récits venus d'ailleurs contant l'histoire des noces de sang du monstre avec la plus belle d'entre les belles m'avait inclinée à la peur. Je vous pensais né du meurtre et de la malédiction alors que vous n'aviez conquis votre figure d'horreur que du reflet de votre beauté dans la glace de votre mère. Longtemps, vous restates pour moi celui par qui venait le deuil. Celui aussi qui donnait au soleil un goût d'absinthe.
Vous n'avez pas eu d'autre nom que celui de la Bête. Il en est de même pour moi qui ne porte toujours que celui de la Belle. Est-ce seulement, comme certains le prétendent, pour n'avoir pas de généalogies ? Personne ne nous précéda dans la légende, à moins que ce ne fût dans des jours si anciens que je ne m'en souvienne pas. Enfants trouvés d'outre-mémoire, nous aurions entassé du sens sous le plein et le délié de nos noms. Ou appartenez-vous à la nuit des taillis et du secret comme j'appartiens, moi, au matin et au linge blanc que j'étendais au jardin ? Les noms des hommes sont plus incertains que ceux des choses. Vous appeler la Bête, c'était vous vêtir de toutes les bêtes d'après la Chute et il était ainsi facile de vous faire signifier la noirceur, la monstruosité, l'effroi et la mort ; et de m'appeler Belle, je portais toutes les femmes à aimer, la tendresse de leurs ventres et leur patiente patience, mais aussi la beauté qui parfois dissimule la ruse. Malgré vous et malgré moi, la fable nous voulait exemplaires. Elle voulait que, lorsque nous aurions cessé de vivre, parce que l'homme ne peut pas toujours durer, une autre se souvienne de vous, ma Bête, et qu'un autre se souvienne de moi, votre Belle. Ainsi les amants, qui après nous viendront, oublieront que je fus une petite fille qui aimait les roses et qui confondait la forêt avec l'odeur fauve des ours ; ils oublieront pareillement que vous fûtes l'Inconnu, beau comme on dépeint l'Amour, qui m'apparut en rêve au bord d'un canal et tout à la fois ce prince malheureux, victime de la passion indécente d'une vieille fée. Nous resterons donc la Belle et la Bête, tels qu'en nous-mêmes le souhaita l'éternité de la fable.
Notre histoire est longue, longue comme votre désenchantement, longue comme vos nuits vers nos jours. N'a-t-on pas rapporté que jamais on n'avait vu tant vivre ? Mais apprendre à se taire pour lever le tissu des choses exige plus de constance qu'il n'en faut pour aller de mot en mot. Lors que vous étiez bête, vous questionniez et vous ne répondiez point. Vous étiez tissé de silence, et ordonniez à un peuple de statues et de singes, qui ne sont que les simulacres des hommes. De perroquets aussi, échos bariolés de nos paroles. Ne fûtes-vous pas, en cette étrange saison, semblable à ce seigneur qui fit prendre le corps de sa jeune épouse sous les regards empierrés d'innombrables monstres ? On m'a confié qu'il était allé jusqu'à donner à ces gardes effroyables les traits des amants que sa mélancolie prêtait à la prisonnière. Vous n'aviez pourtant, vous, à craindre que mes reflets aux glaces désertes de vos salons : laissée à ces ombres nocturnes que le sommeil forme et que le réveil anéantit, j'étais ceinte d'absence et n'accordais mon bras qu'au portrait d'un bracelet. Mes plaisirs avaient, de l'ennui, la fadeur et mes bonheurs roulaient l'improbable du rêve. Il est vrai qu'alors vous ne teniez qu'au vide, celui des limites extrêmes où peuvent s'aventurer les corps en quête d'origine et les esprits de vérité. Car, avant de devenir fable, vous étiez l'inénarrable même. Ou, à le dire autrement, votre figure ne pouvait être que l'insignifiance tant elle portait alors la promesse d'autre chose. Je vous devinais parfois étranger à vous-même, et d'être si déraisonnable et illusoire, je désirai de vous dévêtir. Depuis, je connus que vous ayant par amour ôté votre robe sauvage, à vous rendre à l'homme je vous rendis à la mort.
Et pourtant je savais que vous saviez, de ce savoir terrible des plantes, vous qui fûtes peut-être rose avant d'être monstre. Vous n'ignoriez point que vous n'étiez ni bête égarée parmi les hommes, ni homme égaré parmi les bêtes. N'étant ni l'un ni l'autre, vous étiez l'un et l'autre et vous apparteniez à la lisière des époques révolues où les humains avaient eu la nécessité d'habiter tout ce qui demeurait sous le soleil, victimes du désir originel des dieux. D'autres fables, plus savantes que la nôtre, diront peut-être qu'il n'y a pas loin de l'homme à la bête ou que l'un et l'autre le sont tour à tour et que dans nos yeux se brisent encore les vagues de la mer immense où nous fûmes poissons. Ils diront cette chose étonnante que toujours le destin de l'homme et le destin de la bête furent liés car le chasseur et la proie souvent s'échangent et que je fus moi aussi bête avant que d'être femme. Notre bouche obscure, paraît-il, se hérisse parfois de dents pour vous ravir votre jouissance et il se peut qu'un jour on écrive l'histoire de la femme changée en renard. J'avoue aujourd'hui qu'il m'est arrivé de vous souhaiter plus bête qu'homme, tant l'impropre est plus inouï que l'accidentel.
Vous m'aviez entourée de silence. Pour me livrer aux images, vous y ajoutâtes la solitude et le sommeil. Souvent j'ouvris les six fenêtres du salon aux merveilles pour laisser entrer l'illusion à pleins carreaux. Jamais je n'attendis avec une telle impatience la profonde nuit, car rien n'est plus enclin au rêve qu'une belle au bois dormant. Vous m'apprîtes à démêler les apparences qui déguisent toutes choses. Je sus que l'image trompe, et nos sens et nos coeurs. Vous m'apprîtes encore à ne point suivre les mouvements de l'esprit et que le monde ne me serait donné qu'en pensant.
Vous me quittiez dès que je vous refusais de partager mon lit, moi qui n'avais toujours pas compris que vous m'étiez le chemin de moi-même. Etonnée de votre docilité, je vous croyais étranger à la conquête. Vous me laissiez alors à l'empire des figures. Absenté de votre corps d'homme, vous l'exhibiez au gré des tableaux et des rêves afin que j'en recueillisse les images éparses. Prisonnière de votre palais et de sa cour assoupie d'un sommeil minéral, je régnais à mon insu sur votre vie, puisque j'en détenais les fragments jetés de part et d'autre du miroir et que mon amour seul pouvait en rassembler le sens. Jamais je n'eus conscience que vous fûtes en réalité mon prisonnier. Est-ce pour l'avoir pressenti que je finis par trouver quelque plaisir à votre présence ? Et cette douleur, qui me prit à vous voir comme mort dans l'antre qu'éclairaient mes singes, l'ai-je rêvée ou est-ce encore un tour de la fable qui avait voulu en son principe que je vous abandonasse avant de vous prendre pour époux ? Je l'ignore. La confusion du songe est plus douce que celle de la raison. Mes larmes sur votre corps inanimé m'ont enseigné que l'amour est semblable à un jouet que jamais enfant ne possède avant qu'il ne le perde.
Allons la Bête, il se fait tard, les bois sont pleins d'encre dans l'eau des viviers et les truites s'imaginent enfin remonter les fleuves qui n'existent pas. Maître de votre forme, vous n'habitez plus l'apparence ; maîtresse de mes sens, je suis avec vous là où vous retardent les contes. Ainsi votre bague ne m'est plus d'usage. Il me suffit pour vous retrouver de m'enfoncer en moi-même.
Je coucherai avec vous cette nuit encore. Quelque chose me dit que ces heures seront plus extravagantes que toutes celles que nous avons connues. Ne devons-nous pas en effet descendre ensemble les marches du temps ?
Que le soir nous soit bon, la Bête !
L.B.

Votre lettre me parvient à Bagheria, en Sicile, dans les jardins de la villa du prince de Palagonia. À bien des égards, vous tiendriez cette demeure pour le palais où votre père vous livra. Les pères trahissent-ils ainsi et toujours leurs filles ou bien serait-ce elles qui les abandonnent parce que chacune recherche obscurément sa Bête ? Ce palais est celui-là même où nous vécûmes notre propre histoire : les monstres voyeurs que votre lettre évoque, tout dégradés qu'ils sont par le temps, ici montent encore la garde sur votre fantôme. C'est lui seul que je parviens à retrouver dans les innombrables reflets que jettent à la voûte du grand salon d'apparat les miroirs fragmentés où, dans les personnages figés qui sourdent des parois pour tendre une main qui attend qu'on lui prête un flambeau, un faiseur d'images reconnaîtrait ceux-là même qu'il a installés dans une fenêtre aux merveilles. À troubler si violemment l'espace, le baroque perturbe aussi le temps, et nos capricieuses mémoires. Un chat étique m'a introduit dans chacune des pièces, désormais désertées. Agacé parfois que je me retienne à trop songer, il miaulait sourdement, posté à la porte, pour m'inviter à poursuivre ma visite. Quand il m'a eu quitté, après m'avoir raccompagné jusqu'au seuil du parc, je me pris à penser que je laissais en ce lieu ce qui restait de mon être de Bête.
Il semble qu'une mer antique ait déposé en cette terrée tous les monstres qui se dressent sur le haut mur du parc dans une espèce de figement qui vous inquièterait car, dans le soir qui tombe, vous vous méprendriez et vous croiriez y discerner les statues de mon domestique pris dans ce lieu où vous entrâtes en un pareil moment : toute histoire, vous le savez, se répète, souvent à notre insu. Et moi, qui peux désormais me permettre de n'être plus stupide, je me prends à me demander pourquoi les mythes anciens ont rameuté tant de monstres, au point que ces contes que vous aimez m'apparaissent soudain comme le travail du deuil des dieux que nous avons tenté de perdre. Il y a de la Bête partout et il suffit d'une modeste défaillance - ou d'un refus - pour que le héros change de figure et que, tout ange qu'il se promet d'être, il se retrouve bestialisé. La plupart des ces dieux, égarés encore sur les bords d'une mer où d'aucuns prétendent qu'ils s'abîmèrent, ne choisirent-ils pas pour séduire leur Belle de se faire bêtes, et non pas hommes ? Il y aurait donc, dans la Bête, une évidence que l'homme n'emporte pas avec lui ou bien alors le Monstre - sa forme antérieure dans nos contes - serait la figure qui autorise de dire la délinquance. L'être de l'homme est incertain, un rien le peut dévoyer. Cette fiction, dans laquelle nous fûmes pris, n'est probablement que la suite d'une longue histoire où des divinités se prêtèrent à la Bête pour exprimer la forme nue du désir. Je ne veux pas me revencher de ma bêtise en jouant l'érudit mais enfin, quand le désir le violente, un dieu n'hésite pas à se gueniller en cygne ou en taureau et la fille elle-même de l'implacable Soleil a livré non loin d'ici son corps à un autre taureau surgi de la mer profonde.
Il m'est arrivé, sous mes écailles, de me souvenir que, dans cet antique monde, le monstre ultime procure quasiment toujours par sa mort quelque Belle au héros : la sphinge offre Jocaste à Œdipe, le Minotaure - plus généreux - accorde Ariane et Phèdre à Thésée et, sans Méduse, Persée n'aurait probablement pas trouvé Andromède. C'est dire que, dans les parages de la Bête, il y a toujours de la femme ou bien - pour vous faire regimber, car vous êtes alors plus belle que belle - la femme revendiquerait-elle la Bête comme sa vérité ? La Bête ou le Monstre est le signe qu'une résolution va être opérée ou que, du moins, une situation s'installe qui promet du nouveau.
Vous vîntes à moi dans la posture de la proie, consentant d'être dévorée par cette étrange figure qui m'avait été imposée, assemblage baroque de règnes mélangés, où l'on peut discerner les gouffres et les marais, un mufle africain et une pesanteur qui m'obligeait à me déplacer dans un bruit effrayant. Morceaux rapportés et cousus maladroitement de mondes qui ne s'assemblent pas ordinairement, j'étais - mais sans que vous le sachiez - le métissage de votre désir. Car ce qui revient, c'est toujours le fantôme de ce que nous avons été ou désiré d'être : après tout, l'homme a peut-être quitté le règne animal par inadvertance. Me constituer en monstre, n'était-ce pas mettre au jour la redoutable bête qui nous habite encore, celle que vous désiriez ? Il est du rôle de la Belle de soupçonner la Bête, de la quérir comme sa vérité et, si c'est nécessaire, de la reconstituer par son désir. Nous avons été ainsi rendus, vous la Belle et moi la Bête, à ce moment d'avant l'histoire - cet univers qu'habitent les étranges fées de notre récit -, où l'homme et la bête ne faisaient qu'un, avant le péché de l'origine quand nous n'avions pas encore de goût pour les dieux et que ceux-ci en avaient pour nous. Ce fragment du temps que nous vécûmes nous livra à un univers poreux, où les fées elles-mêmes, vestiges d'antiques déesses vagabondant dans les landes du ciel sous des défroques rurales, sont soumises à détranges examens qui exigent que, tout aériennes qu'elles sont, elles se livrent «en serpents» au monde souterrain pour obtenir leur plein épanouissement sous le régime de la Mère des Temps, la grande noire, nuit primitive enfantant le médiocre sommeil et la redoutable Mort qui nous a mis dans le temps.
Peut-on garder la mémoire de la Bête qu'on fût ? C'est ce que vous aimeriez apprendre, et qu'il m'est difficile de vous dire. Dans les rêves seulement, les hommes se souviennent parfois que la race d'Adam habita les océans et les forêts de l'excès. Il nous arrive, en nos nuits, d'y revenir nager et danser, tout étonnés au matin de nous retrouver pris à l'ordre. Mon corps d'alors ne faisait pas corps avec moi : j'étais la Bête et aussi cet autre - car nos états antérieurs ne se perdent jamais entièrement -, l'Inconnu de vos nuits, celui qui vous charmait et que vous étiez désespérée d'avoir perdu quand vous fûtes de retour chez votre père. Vous ne saviez pas, alors, que je ne pouvais être celui-ci que si l'autre - le Monstre - était dans vos parages. Ces nuits, qui nous remettaient dans l'ordinaire du monde des hommes, les ai-je rêvées ? Y fûtes-vous déjà ma femme, comme Psyché le fût de l'Amour dans l'Obscur ? J'ai perdu toute mémoire de cette ténèbre où j'étais votre Bête et votre Inconnu, qui vous connut peut-être comme semble le suggérer la raconteuse de notre histoire. Avait-elle trop lu Apulée ? Nous oublions que toute figure est par nature duplice, qu'elle ne se forme que pour assemblrer des contraires et les maintenir ensemble : bête à la tombée du jour, je venais dans la nuit vous troubler sous ma forme antérieure afin que, par vous, je me dévêtisse de mon muffle et de mes écailles pour être rendu à l'humanité.
Il vous fallait pour cela passer par mon apparence, celle de la Bête, que vous preniez pour mon être dernier. Je dirais volontiers - mais vous vous moqueriez de ma prétention - que la Bête est la passe qui autorise la femme d'être femme et que c'est pour elle une figure nécessaire. Encore convient-il qu'elle consente à consentir à sa Bête. Si mes écailles, le craquement de mes dents et ma voix d'épouvante ne vous effrayaient plus comme au premier soir, votre répugnance à pénétrer dans ce monde de l'en-bas demeurait. Il fallut que votre absence manqua de me faire perdre la vie pour que vous vous risquiez à mon animalité. Cela, que vous ne vouliez pas reconnaître, était dans votre lit et vous alliez le connaître puisque vous aviez enfin accepté de coucher avec moi. Mes écailles fondirent dans le sommeil et mon corps perdit sa pesanteur. Ce fut au prix d'un ronflement qui vous étonna et qui, probablement, vous agaça. Toute métamorphose exige un délassement des formes. Au matin, votre Bête s'avouait en l'Inconnu.
Une autre que vous, ma Belle cousine, m'aurait-elle permis de reprendre ma guenille d'homme ? Je ne le pense pas. Il fallait une femme qui fût la fille d'un autre monde, l'enfant d'une femme-fée, tout à la fois créature aérienne et «serpent». Vous êtes, ne l'oubliez pas, le fruit d'univers qui, ordinairement ne s'apparient pas. Vous revenez d'un autre monde comme je suis revenu du monde des bêtes.
C'est peut-être une forme de l'inceste que de se retrouver ainsi dans le même, mais nous avons vécu dans tant de cantons - et si divers - que l'étranger ne nous fera jamais défaut. Comme vous l'avez exposé dans une de vos savantes études, toute métamorphose laisse un résidu qu'on ne soupçonnait pas, une métaphore qui remet l'être en branle, car on ne redescend pas impunément de tels quartiers : ainsi je vous surprends parfois, mélusinienne, à faire la «serpente», et vous prétendez, vous, ma Belle, qu'à certaines aubes, ayant trop couru dans une improbable lande durant notre rêve, votre nocturne amant sent le renard.
L. B.