Arthur Rimbaud
totalement, mais alors là totalement subjectivement relevée lors de ma lecture de «Œuvres complètes : Poésie, prose et correspondance» (La Pochothèque)
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Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers, Je ne parlerai pas, je ne penserai rien... |
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Voici plus de mille ans que la triste Ophélie |
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Si les temps revenaient, les temps qui sont venus ! |
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Or, n'est-ce pas joyeux de voir, au mois de juin |
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De chaque branche, gouttes vertes, |
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Vous vous rappelez la permission que vous m'avez donnée. - J'ai emporté la moitié de vos livres ! J'ai pris Le Diable à Paris. Dites-moi un peu s'il n'y a jamais eu quelque chose de plus idiot que les dessins de Grandville ? - J'ai Costal l'Indien, j'ai La Robe de Nessus, deux romans intéressants. Puis que vous dire ? ... J'ai lu tous vos livres, tous ; il y a trois jours, je suis descendu aux Épreuves, puis aux Glaneuses, - oui ! j'ai relu ce volume ! - puis ce fut tout !... Plus rien ; votre bibliothèque, ma dernière planche de salut, était épuisée !... Le Don Quichotte m'apparut ; hier j'ai passé, deux heures durant, la revue des bois de Doré : maintenant, je n'ai plus rien ! |
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On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans. |
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Je ne dis pas un mot : je regarde toujours |
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Et tu me diras : «Cherche !», en inclinant la tête, |
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Les parfums ne font pas frissonner sa narine ; |
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- C'est là qu'on trouverait les médaillons, les mèches |
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Oh ! là là ! que d'amours splendides j'ai rêvées ! |
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Je vous écrirai. Vous m'écrirez ? Pas ? |
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Je meurs, je me décompose dans la platitude, dans la mauvaiseté, dans la grisaille. Que voulez-vous, je m'entête affreusement à adorer la liberté libre, et... un tas de choses que «ça fait pitié», n'est-ce pas ? |
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Maintenant je m'encrapule le plus possible. Pourquoi ? je veux être poète , et je travaille à me rendre voyant : vous ne comprendrez pas du tout, et je ne saurais presque vous expliquer. |
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Car Je est un autre. Si le cuivre s'éveille clairon, il n'y a rien de sa faute. Donc le poète est vraiment voleur de feu. Il est chargé de l'humanité, des animaux même ; il devra faire sentir, palper, écouter ses inventions ; si ce qu'il rapporte de là-bas a forme, il donne forme : si c'est informe, il donne de l'informe. Trouver une langue ; Vous seriez exécrable de ne pas répondre : vite, car dans huit jours je serai à Paris, peut-être. |
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Dans l'ombre des couloirs aux tentures moisies, |
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Aux femmes, c'est bien bon de faire des bancs lisses, |
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Puis, je m'embête ineffablement et je ne puis vraiment rien porter sur le papier. |
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L'étoile a pleuré rose au coeur de tes oreilles, |
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Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sûres, Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème |
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Moi, j'étais abandonné, dans cette maison de campagne sans fin : lisant dans la cuisine, séchant la boue de mes habits devant les hôtes, aux conversations du salon : ému jusqu'à la mort par le murmure du lait du matin et de la nuit du siècle dernier. [...] Je sortis dans la ville sans fin. Ô fatigue ! Noyé dans la nuit sourde et dans la fuite du bonheur. C'était comme une nuit d'hiver, avec une neige pour étouffer le monde décidément. |
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Puis l'orage changea le ciel jusqu'au soir : |
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Expirer en ces violettes humides |
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À quatre heures du matin, l'été, |
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L'azur et l'onde communient. |
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Elle est retrouvée. |
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Quelqu'une des voix |
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Le sérieux, c'est qu'il faut que tu te tourmentes beaucoup, peut-être que tu aurais raison de beaucoup marcher et lire. |
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J'ai fait la magique étude |
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Jouet de cet oeil d'eau morne, je n'y puis prendre, |
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Fuyez ! plaine, déserts, prairie, horizons |
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Laissez les fauvettes de mai |
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La mother m'a mis là dans un triste trou. Je ne sais pas comment en sortir : j'en sortirai pourtant. Je regrette cet atroce Charlestown, l'Univers, la Bibliothè., etc. Je travaille pourtant assez régulièrement ; je fais de petites histoires en prose, titre général : Livre païen, ou Livre nègre. C'est bête et innocent. Ô innocence ! innocence ; innocence, innoc... fléau ! |
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Oui, cher petit, je vais rester une semaine encore. Et tu viendras, n'est-ce pas ? dis-moi la vérité. Tu aurais donné une marque de courage. J'espère que c'est vrai. Sois sûr de moi, j'aurai très bon caractère. À toi. Je t'attends. Rimb. |
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Des liserons, des bourraches montraient leur lueur magique entre les pavés. Enfin il vit au loin la prairie poussiéreuse, et les boutons d'or et les marguerites demandant grâce au jour. |
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Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux. - Et je l'ai trouvée amère. - Et je l'ai injuriée. [...] - Je suis assis, lépreux, sur les pots cassés et les orties, au pied d'un mur rongé par le soleil. [...] « [...] Tu ne sais ni où tu vas ni pourquoi tu vas, entre partout, réponds à tout. On ne te tuera pas plus que si tu étais cadavre.» Au matin j'avais le regard si perdu et la contenance si morte, que ceux que j'ai rencontrés ne m'ont peut-être pas vu. [...] Cris, tambour, danse, danse, danse, danse ! Je ne vois même pas l'heure où, les blancs débarquant, je tomberai au néant. [...] Quant au bonheur établi, domestique ou non... non, je ne peux pas. Je suis trop dissipé, trop faible. La vie fleurit par le travail, vieille vérité : moi, ma vie n'est pas assez pesante, elle s'envole loi au-dessus de l'action, ce cher point du monde. [...] Puis-je décrire la vision, l'air de l'enfer ne souffre pas les hymnes ! [...] Pitié ! Seigneur, j'ai peur. J'ai soif, si soif ! Ah ! l'enfance, l'herbe, la pluie, le lac sur les pierres, le clair de lune quand le clocher sonnait douze... le diable est au clocher, à cette heure. Marie ! Sainte-Vierge !... - Horreur de ma bêtise. [...] Parfois il parle, en une façon de patois attendri, de la mort qui fait repentir, des malheureux qui existent certainement, des travaux pénibles, des départs qui déchirent les coeurs. [...] Je luis faisais promettre qu'il ne me lâcherait pas. Il l'a faite vingt fois, cette promesse d'amant. C'était aussi frivole que moi lui disant : «Je te comprends.» [...] Ce fut d'abord une étude. J'écrivais des silences, des nuits, je notais l'inexprimable. Je fixais des vertiges. [...] J'aimai le désert, les vergers brûlés, les boutiques fanées, les boissons tiédies. Je me traînais dans les ruelles puantes et, les yeux fermés, je m'offrais au soleil, dieu de feu. [...] J'avais été damné par l'arc-en-ciel. [...] Cela s'est passé. Je sais aujourd'hui saluer la beauté. [...] L'automne déjà ! - Mais pourquoi regretter un éternel soleil, si nous sommes engagés à la découverte de la clarté divine, - loin des gens qui meurent sur les saisons. |
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Car depuis qu'ils se sont dissipés, - oh les pierres précieuses s'enfouissant et les fleurs ouvertes ! - c'est d'un ennui ! et la Reine, la Sorcière qui allume sa braise dans le pot de terre, ne voudra jamais nous raconter ce qu'elle sait, et que nous ignorons. [...] On suit la route rouge pour arriver à l'auberge vide. Le château est à vendre ; les persiennes sont détachées. - Le curé aura emporté la clef de l'église. - Autour du parc, les loges des gardes sont inhabitées... Les palissades sont si hautes qu'on ne voit que les cimes bruissantes. D'ailleurs, il n'y a rien à voir là-dedans. [...] Je suis le piéton de la grand-route par les bois nains ; la rumeur des écluses couvre mes pas. Je vois longtemps la mélancolique lessive d'or du couchant. [...] Je me souviens des heures d'argent et de soleil vers les fleuves, la main de la campagne sur mon épaule, et de nos caresses debout dans les plaines poivrées. [...] Quand le monde sera réduit en un seul bois noir pour nos quatre yeux étonnés, - en une plage pour deux enfants fidèles - en une maison musicale pour notre claire sympathie, - je vous trouverai. [...] J'ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d'or d'étoile à étoile, et je danse. [...] J'avais en effet, en toute sincérité d'esprit, pris l'engagement de le rendre à son état primitif de fils du soleil, - et nous errions, nourris du vin des cavernes et du biscuit de la route, moi pressé de trouver le lieu et la formule. [...] C'est le repos éclairé, ni fièvre ni langueur, sur le lit ou sur le pré. [...] La plaque du foyer noir, de réels soleils des grèves : ah ! puits des magies ; seule vue d'aurore, cette fois. [...] Sur la pente du talus les anges tournent leurs robes de laine dans les herbages d'acier et d'émeraude. [...] J'ai embrassé l'aube d'été. [...] Des pièces d'or jaune semées sur l'agate, des piliers d'acajou supportant un dôme d'émeraudes, des bouquets de satin blanc et de fines verges de rubis entourent la rose d'eau. [...] Du détroit d'indigo aux mers d'Ossian, sur le sable rose et orange qu'a lavé le ciel vineux viennent de monter et de se croiser des boulevards de cristal habités incontinent par des jeunes familles pauvres qui s'alimentent chez les fruitiers. Rien de riche. - La ville ! [...] L'ardeur de l'été fut confiée à des oiseaux muets et l'indolence requise à une barque de deuils sans prix par des anses d'amours morts et de parfums affaissés. [...] Ah ! l'égoïsme infini de l'adolescence, l'optimisme studieux : que le monde était plein de fleurs cet été ! [...] À tout prix et avec tous les airs, même dans des voyages métaphoriques. - Mais plus alors. [...] Il est l'affection et l'avenir, la force et l'amour que nous, debout dans les rages et les ennuis, nous voyons passer dans le ciel de tempête et les drapeaux d'extase. [...] |
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Monsieur, |
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Je ne compte pas rester longtemps ici ; je saurai bientôt quand je partirai. Je n'ai pas trouvé ce que je présumais ; et je vis d'une façon fort ennuyeuse et sans profits. Dès que j'aurai 1 500 ou 2 000 francs, je partirai, et j'en serai bien aise. Je compte trouver mieux un peu plus loin. |
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J'espère bien aussi voir arriver mon repos avant ma mort. Mais d'ailleurs à présent je suis fort habitué à toute espèce d'ennuis ; et si je me plains, c'est une espèce de façon de chanter. |
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L'important et le plus pressé pour moi, c'est d'être indépendant n'importe où. |
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Ce qui est surtout attristant, c'est que tu termines ta lettre en déclarant que vous ne vous mêlerez plus de mes affaires. Ce n'est pas une bonne manière d'aider un homme à des milles lieues de chez lui, voyageant parmi des peuplades sauvages et n'ayant pas un seul correspondant dans son pays ! J'aime à espérer que vous modifierez cette intention peu charitable. Si je ne puis même plus m'adresser à ma famille pour mes commissions, où diable m'adresserai-je ? |
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Isabelle a tort de désirer me voir dans ce pays-ci. C'est un fond de volcan, sans une herbe. Tout l'avantage est que le climat est très sain et qu'on y fait des affaires assez actives. Mais, de mars à octobre, la chaleur est excessive. A présent, nous sommes en hiver, le thermomètre est à 30° seulement, à l'ombre ; il ne pleut jamais. Personnellement, j'aime beaucoup ce climat ; car j'ai toujours horreur de la pluie, de la boue et du froid. |
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Isabelle a bien tort de ne pas se marier si quelqu'un de sérieux et d'instruit se présente, quelqu'un avec un avenir. La vie est comme cela, et la solitude est une mauvaise chose ici-bas. Pour moi je regrette de ne pas être marié et avoir une famille. Mais à présent je suis condamné à errer, attaché à une entreprise lointaine, et tous les jours je perds le goût pour le climat et les manières de vivre, et même la langue de l'Europe. Hélas ! A quoi servent ces allées et venues, et ces fatigues, et ces aventures chez des races étranges, et ces langues dont on se remplit la mémoire, et ces peines sans nom si je ne dois pas un jour, après quelques années, pouvoir me reposer dans un endroit qui me plaise à peu près et trouver une famille, et avoir au moins un fils que je passe le reste de ma vie à élever à mon idée, à orner et à armer de l'instruction la plus complète qu'on puisse atteindre à cette époque, et que je voie devenir un ingénieur renommé, un homme puissant et riche par la science ? Ces photographies me représentent, l'une, debout sur une terrasse de la maison... l'autre debout dans un jardin de café, une autre, les bras croisés dans un jardin de bananes. Tout cela est devenu blanc à cause des mauvaises eaux qui me servent à laver. Mais je vais faire de meilleur travail dans la suite. Ceci est seulement pour rappeler ma figure, et vous donner une idée des paysages d'ici. |
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A M. Hachette, |
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à lire absolument, car Rimbaud y démontre toute sa curiosité, son besoin de comprendre les gens, les pays, etc. en intégralité ici |
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Excusez-moi de vous détailler mes ennuis. Mais je vois que je vais atteindre les 30 ans (la moitié de ma vie) et je me suis fort fatigué à rouler le monde sans résultat. |
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Tant, donc, que je trouverai mon pain ici, ne dois-je pas y rester ? Ne dois-je pas y rester, tant que je n'aurai pas de quoi vivre tranquille ? Or il est plus que probable que je n'aurai jamais de quoi, et que je ne vivrai ni ne mourrai tranquille. Enfin, comme disent les musulmans : C'est écrit ! C'est la vie : elle n'est pas drôle ! |
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Je ne vous envoie pas ma photographie ; j'évite avec soin tous les frais inutiles. Je suis d'ailleurs toujours mal habillé ; on ne peut se vêtir ici que de cotonnades très légères ; les gens qui ont passé quelques années ici ne peuvent plus passer l'hiver en Europe, ils crèveraient de suite par quelque fluxion de poitrine. Si je reviens, ce ne sera donc jamais qu'en été ; et je serai forcé de redescendre, en hiver au moins, vers la Méditerranée. En tous cas, ne comptez pas que mon humeur deviendrait moins vagabonde, au contraire, si j'avais le moyen de voyager sans être forcé de séjourner pour travailler et gagner l'existence, on ne me verrait pas deux mois à la même place. Le monde est très grand et plein de contrées magnifiques que l'existence de mille hommes ne suffirait pas à visiter. |
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Le Mindjar a un sol riche soigneusement cultivé. L'altitude doit être 1 800 mètres. (Je juge de l'altitude par le genre de végétation ; il est impossible de s'y tromper, pour peu qu'on ait voyagé dans les pays éthiopiens.) |
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Je m'ennuie beaucoup, toujours ; je n'ai même jamais connu personne qui s'ennuyât autant que moi. |
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Je regrette de ne pouvoir faire un tour à l'exposition cette année, mais mes bénéfices sont loin de me le permettre, et d'ailleurs je suis absolument seul ici, et moi partant, mon établissement disparaîtrait entièrement. Ce sera donc pour la prochaine, et à la prochaine je pourrai exposer peut-être les produits de ce pays, et peut-être m'exposer moi-même, car je crois qu'on doit avoir l'air excessivment baroque après un long séjour dans des pays comme ceux-ci. |
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Je regrette de ne pouvoir faire un tour à l'exposition cette année, mais mes bénéfices sont loin de me le permettre, et d'ailleurs je suis absolument seul ici, et moi partant, mon établissement disparaîtrait entièrement. Ce sera donc pour la prochaine, et à la prochaine je pourrai exposer peut-être les produits de ce pays, et peut-être m'exposer moi-même, car je crois qu'on doit avoir l'air excessivment baroque après un long séjour dans des pays comme ceux-ci. |
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... que voulez-vous qu'on vous écrive de là ? Qu'on s'ennuie, qu'on s'embête, qu'on s'abrutit, qu'on en a assez, mais qu'on ne peut pas en finir, etc., etc. ! Voilà tout ce qu'on peut dire, par conséquent ; et, comme ça n'amuse pas non plus les autres, il faut se taire. |
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Je me porte bien, mais il me blanchit un cheveu par minute. Depuis le temps que ça dure, je crains d'avoir bientôt une tête comme une houppe poudrée. C'est désolant, cette trahison du cuir chevelu ; mais qu'y faire ? |
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Pourrais-je venir me marier chez vous, au printemps prochain ? Mais je ne pourrai consentir à me fixer chez vous, ni à abandonner mes affaires ici. Croyez-vous que je puisse trouver quelqu'un qui consente à me suivre en voyage ? |
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Je vais mal à présent. Du moins, j'ai à la jambe droite des varices qui me font souffrir à présent. |
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Arrivé ici, je suis entré à l'hôpital européen. Il y a une seule chambre pour les malades payants : je l'occupe. Le docteur anglais, dès que je lui ai montré mon genou, a crié que c'était une synovite arrivée à un point très dangereux, par suite du manque de soin et des fatigues. |
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Aujourd'hui, toi ou Isabelle, venez Marseille par train express. Lundi matin, on ampute ma jambe. |
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Je n'ai encore écrit à personne, je ne suis pas encore descendu de mon lit. Le médecin dit que j'en aurai pour un mois, et même ensuite je ne pourrai commencer à marcher que très lentement. J'ai toujours une forte névralgie à la place de la jambe coupée, c'est à dire au morceau qui reste. |
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Aujourd'hui j'ai essayé de marcher avec des béquilles, mais je n'ai pu faire que quelques pas. Ma jambe est coupée très haut, et il m'est difficile de garder l'équilibre. |
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Je recommence donc à béquiller. Quel ennui, quelle fatigue, quelle tristesse en pensant à tous mes anciens voyages, et comme j'étais actif il y a seulement cinq mois ! Où sont les courses à travers monts, les cavalcades, les promenades, les déserts, les rivières et les mers ? Et à présent l'existence de cul-de-jatte ! Car je commence à comprendre que les béquilles, jambes de bois et jambes mécaniques sont un tas de blagues et qu'on n'arrive à rien avec tout cela qu'à se traîner misérablement sans pouvoir jamais rien faire. Et moi qui justement avait décidé de rentrer en France cet été pour me marier ! Adieu mariage, adieu famille, adieu avenir ! Ma vie est passée, je ne suis qu'un tronçon immobile. |
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Je passe la nuit et le jour à réfléchir à des moyens de circulation : c'est un vrai supplice ! Je voudrais faire ceci et cela, aller ici et là, voir, vivre, partir : impossible, impossible au moins pour longtemps, sinon pour toujours ! Je ne vois à côté de moi que ces maudites béquilles : sans ces bâtons, je ne puis faire un pas, je ne puis exister. |
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Je pars, le médecin m'ayant dit que je puis partir et qu'il est préférable que je ne reste point à l'hôpital. Dans deux ou trois jours je sortirai donc et verrai à me traîner jusque chez vous comme je pourrai ; car, sans ma jambe de bois, je ne puis marcher, et même avec les béquilles je ne puis pour le moment faire que quelques pas, pour ne point faire empirer l'état de mon épaule. Comme vous l'avez dit, je descendrai à la gare de Voncq. Pour l'habitation, je préférerais habiter en haut ; donc inutile de m'écrire ici, je serai très prochainement en route. Au revoir. Rimbaud |
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Un lot : Une dent seule. |
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