Le Saijiki de Seegan Mabesoone

message reçu à l'ouverture du Petit Haïku Illustré

A propos du «problème» kigo, ce n'est pas un probleme à mon sens. Je n'ai personnellement pas lu «l'almanach» de M. Kervern (très difficile à se procurer)... Pour ma part, je suis, comme M. Kervern, specialiste de litterature japonaise, et j'habite au Japon depuis 6 ans, ou je pratique le haïku en japonais. Depuis le printemps 1998, je travaille à la rédaction d'un saijiki, auquel il ne manque plus que l'hiver. Cinq cents kigo sont d'ores et déjà traduits, expliqués et illustrés de haiku japonais.

Seegan Mabesoone

Comme Seegan me donnait l'URL du site où il a installé le résultat de son travail, j'ai pris ça pour une invitation, et je suis allée voir...

Voilà le résultat de ma ballade :

Le kigo sert à centrer le haïku sur un mot ou une expression qui évoque la fuite du temps, la conscience de l'homme dans la nature et le rythme des saisons.

Un saijiki est organisé suivant les saisons, et répertorie tous les mots s'y rapportant, qu'ils concernent :

On commence par le début !
je rappelle que la liste de kigo qui suit n'est pas exhaustive, et qu'elle ne relève que de mon propre choix ! Si ce sujet vous intéresse, allez en bas de page, vous pourrez y rejoindre le saijiki de Seegan

LE PRINTEMPS

haru asashi : le printemps naissant. Il s'agit de la période où l'on porte ses espoirs dans le printemps nouveau.

Byôshô no Nioi bukuro ya Haru asashi
Un peu de lavande
sous mon oreiller de malade,
Et le printemps naît !
Shiki MASAOKA

kasumi : Brume (de printemps). La brume et le brouillard sont deux phénomènes scientifiquement identiques, mais, dans un haïku, la brume décrit ce phénomène au printemps et le brouillard évoque l'automne. Dans un cas comme dans l'autre, l'air se trouble à cause des différences de température entre le jour et la nuit. L'effet diffère au printemps grâce à une lumière délicate et indécise.

Tokei tô Kasumi tsutsu hari Koyuku sasu
Brume de printemps.
On ne voit plus que l'aiguille
De la grande horloge.
Seison YAMAGUCHI

kagerô : L'horizon vacille. Au printemps, les jours de fort soleil, l'humidité du sol qui s'évapore a tendance à créer une zone trouble entre ciel et terre.

Genbaku chi Ko ga kagerô ni Kie yukeri
A Hiroshima,
Un enfant sur l'horizon
Vacillant s'en va...
Yasoku ISHIHARA

haru no yama : Montagne au printemps. C'est la montagne déjà recouverte d'un vert tendre.

Haru no yama Sore zore mukashi Hi wo fukishi
Montagnes du printemps !
Qui penserait qu'autrefois
Vous étiez volcans ?
Seibo AHANO

yukidoke, itedoke : La fonte des neiges ou Le dégel. Dans les pays de neige, c'est la période où chaque pente, chaque branche, chaque toit ruisselle joyeusement.

Yukige gawa Ishi sore zore ni Uta ga aru
La fonte des neiges :
Chaque pierre du torrent
Chante à sa façon !
Segan MABESOONE

L'ÉTÉ

natsu no yo : Nuit d'été. Les nuits d'été sont courtes et rarement calmes, car il se trouve toujours dans les rues quelques noctambules qui profitent de la fraîcheur.

Natsu no yo ya Kodama ni akuru Geta no oto
Un bruit de sandales
Fait résonner le silence ;
Fin de nuit d'été !
Bashô MATSUO

natsu no tsuki : La lune de l'été. La lune de l'été, couleur de nacre, se manifeste en même temps que la fraîcheur vespérale. C'est comme si elle nous libérait de la chaleur diurne.

Shanpan no Awa no iro shite Natsu no tsuki
A travers la coupe
De champagne, entre les bulles,
La lune d'été !
Seegan MABESOONE

botan : Les pivoines. Les pieds de pivoines sont des petits arbustes originaires de Chine, cultivés depuis longtemps au Japon. Leurs grosses fleurs (une dizaine de centimètres de diamètre) aux nombreux pétales très fins apparaissent au mois de mai, et peuvent être blanches, roses, rouges ou jaunes. La variété écarlate est considérée comme «la reine des fleurs» en Chine.

Botan chirite Uchi kasanarinu Ni san pen
La pivoine perd
Deux pétales, trois peut-être,
Tombés l'un sur l'autre !
Buson YOSA

ichigo : Les fraises. Il existe aujourd'hui de nombreuses variétés de fraises, dont certaines sont adaptées à la culture en serre, et de fait, les fraises arrivent maintenant sur les étalages dès la fin de l'hiver. Mais les fraises sont un fruit estival, longtemps considéré comme un luxe.

Ootsubu no Ichigo wo yoru wa Hotoke ga kuhu
Quelques grosses fraises
Au pied du Bouddha offertes,
Parfument la nuit !
Tohan HASHIMOTO

kabi : La pourriture. La pourriture apparaîssant sur les aliments, les vêtements, la vaisselle ou les meubles est un phénomène souvent dû à la chaleur humide, par exemple pendant la saison des pluies au Japon. Les bactéries se développent sous plusieurs formes et couleurs, et sont presque toujours un symbole de vieillesse, voire de déchéance.

Kabi kusaki Shoka yori koi no Monogatari
Une vieille étagère...
Dans l'odeur de pourriture,
Un roman d'amour !
Tsunako HIROSE

L'AUTOMNE

kirisame, kiri shigure : La bruine ou Le crachin. Condensation de l'air provoquant une fine pluie, souvent accompagnée d'un épais brouillard.

Kiri shigure Fuji wo minu hi zo Omoshiroki
A travers la bruine,
On ne voit plus le Fuji
Mais on voit la bruine !
Bashô MATSUO

kaki : Les kakis. Nom du plaqueminier du Japon, ou de ses fruits ronds comme une tomate, d'un jaune foncé orangé. On appelle parfois ces fruits «sharon», surtout lorsqu'ils sont cultivés en Israël. C'est cependant un fruit typique du Japon, où il existe aussi à l'état sauvage. Les deux principales variétés de kakis sont les «shibu-gakis» et les «ama-gakis». Les premiers, très astringeants, ne sont mangeables qu'après séchage. Les «ama-gakis» sont sucrés avec un léger goût astringeant. Le goût particulier des kakis plaît souvent aux adultes plus qu'aux enfants. Dans presque tous les jardins des vieilles maisons japonaises, les silhouettes noueuses des arbres à kakis montrent leurs fruits colorés mûrissant sur des branches sans feuilles. Souvent, les Maîtres de haïku passent l'automne à déguster un à un les kakis de leur jardin.

San zen no Haiku wo kemishi Kaki futatsu
Sur ma table, ce soir,
Trois mille haïku à relire,
Et deux kakis mûrs.
Shiki MASAOKA

aki kusa, kusa momiji : Les herbes d'automne ou Les herbes rousses. En automne, les herbes sauvages atteignent leur hauteur maximum. Certaines herbes fleurissent à cette saison, mais la majorité se parent de couleurs rousses et fauves, transformant les clairières en un véritable brocart.

Neko soko ni Ite mimi ugoku Kusa momiji
Quelque chose bouge
Au milieu des herbes rousses :
L'oreille d'un chat !
Kyoshi TAKAHAMA

yagaku : Les soirées studieuses. En automne, les longues soirées calmes incitent à la lecture et à l'étude. En Europe et en Amérique du Nord, c'est la période de la rentrée scolaire; au Japon, on prépare les examens de la fin du premier semestre.

Oto mo naku Hoshi no moe iru Yagaku kana
Silence absolu...
Sous les galaxies ardentes,
Un soir à l'étude.
Keiji HASHIMOTO

shoreisai, shisha no hi : La Toussaint et Le jour des défunts. A l'origine, la Toussaint est la fête de tous les saints, le 1er novembre. Le 2 novembre est le jour des défunts, dédié au salut des âmes défuntes. En fait, on ne distingue plus vraiment ces deux jours et on se rend sur les tombes indifféremment le 1er ou le 2. Les chrysanthèmes, fleurs résistantes de l'automne, symbolisent à elles seules ces visites au cimetière. Enfin, des traditions celtes, toujours vivantes dans les pays anglo-saxons (halloween), veulent que les âmes des défunts rendent visite à leur famille la veille de la Toussaint, le 31 octobre.

Jari michi no Ishi mina hikaru Shisha no tsuki
Lune de la Toussaint;
Les graviers des tombes brillent
Comme des diamants !
Seegan MABESOONE

L'HIVER

jûichigatsu, kanna zuki : Le mois de novembre. C'est un mois de transition entre l'automne et l'hiver. Les jours se succèdent, souvent sans se ressembler, parfois lumineux, parfois caractéristiques du «temps de Toussaint».

Ishi niwa ya Jûichigatsu no Akago daku
Dans un jardin zen,
Mon bébé dort dans mes bras...
Un jour de novembre.
Haruko IIJIMA

tanjitsu : Les courtes journées. Aux environs du solstice d'hiver, la brièveté des journées rend plus difficile encore la préparation des fêtes de la fin d'année. Les hommes se pressent, s'agitent, cependant que la nature semble être tombée en léthargie.

Tanjitsu ya nihaka ni ochishi Nami no oto
Une courte journée
S'achève... Le bruit des vagues
Se fond dans la nuit.
Mantarô KUBOTA

itsuru, kôru, hyôka, sayuru : Le gel. La période du gel, caractérisée par des températures inférieures à 0 degré celcius, est plus ou moins longue selon les latitudes même si, souvent, le gel n'est pas continu sous les climats tempérés. En montagne par contre, le gel peut être considéré comme une période de l'année qui dure tout le mois janvier, au moins. Le verbe «geler» indique lui-même que l'on se trouve au plus froid de l'hiver.

Uma no me mo Hyôka ni aomu Tôge guchi
Voyage en montagne.
Sous l'œil de mon vieux cheval,
Une larme gèle.
Ryûta IIDA

tôji : Le solstice d'hiver. Une des 24 périodes de l'année. Correspond aux environs du 22 décembre, date à laquelle le soleil au zénith est à son emplacement le plus bas dans le ciel, date aussi de la journée la plus courte de l'année. A partir de cette date, les journées recommencent peu à peu à s'allonger et le retour du «règne de la lumière» est fêté en Europe (fête de Noël, feux de joie et autres croyances) comme au Japon (préparation de bouillie de riz, bain parfumé aux mandarines, etc.).

Asa zuki no Fuchi no shiro koki Tôji kana
Solstice d'hiver.
La lune, presque trop blanche,
Perce les ténèbres.
Keiji HASHIMOTO

toshi no kure, yuku toshi : La fin de l'année ou L'année se termine. Au Japon, de nombreuses expressions expriment la nostalgie de l'année qui se termine (toshi oshimu, «regrets de l'année») ou au contraire le désir d'oublier les mauvais souvenirs de l'année (toshi wasure, «oublier l'année»). C'est une période marquée par de nombreuses soirées entre collègues ou amis, par de nombreux cadeaux, toutes choses permettant de faire le tour de ses connaissances et de préparer avec plus ou moins de mondanité la nouvelle année. Seuls les enfants et les vieillards restent en dehors de cette agitation.

Buranko ni Rôjin no iru Toshi no kure
L'année se termine...
Seul dans un parc, un vieillard
Joue à la balançoire !
Haruki KADOKAWA

C'est déjà la fin de l'année !

Si vous souhaitez en savoir plus, lire plein d'autres haïku, ou par curiosité pure : allez faire un tour chez Seegan Mabesoone :

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